Grez-en-Bouère : les riverains d’Aprochim dans l’expectative

Les riverains de l’usine Aprochim ont été très nombreux à se déplacer pour cette réunion publique organisée par l’association Terre et Vie d’Anjou.
Jeudi après-midi, dans la salle des fêtes de Bouère, plus d’une centaine de personnes ont répondu à l’invitation de l’association Terre et Vie d’Anjou. Riverains pour la plupart de l’usine Aprochim de Grez, ils étaient venus s’informer sur l’impact des PCB.
L’usine Aprochim de Grez-en-Bouère n’a sans doute pas fini de faire causer. Une centaine d’habitants des environs de Bouère et Grez ont participé à la réunion publique organisée jeudi dernier par l’association Terre et Vie d’Anjou. Les dirigeants de la société spécialisée dans la décontamination du PCB (1) n’ont pas daigné y participer.
Dans l’assistance, on pouvait lire sur les visages beaucoup d’inquiétude, de la colère parfois, de l’incompréhension aussi… Et ce n’est pas l’exposé fastidieux présenté par Annick Delaby, une experte du Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière (Cniel) qui les a rassurés. Cette dernière avait pour mission d’expliquer l’impact des PCB sur l’environnement. S’appuyant sur des chiffres peu évocateurs et des diagrammes pas toujours très clairs, elle n’a guère convaincu l’auditoire.
Les riverains ont eux des inquiétudes beaucoup plus terre à terre. Parmi le public, certains échanges sont parfois proches de l’invective. “Vous étiez où il y a 23 ans quand on manifestait contre l’installation de cette usine ?”, lance une Mayennaise. L’heure n’est sans doute pas encore à l’union sacrée…
Il est vrai que dans la salle, beaucoup de personnes avaient vu l’installation d’Aprochim d’un mauvais œil. Les plus âgés, présents en nombre jeudi dernier, se souviennent encore du discours des dirigeants vantant une activité dépolluante. “Ca a pris une telle ampleur que ça n’a plus rien à voir avec ce qui était promis au départ.” Le ton monte rapidement. “Mais qu’est-ce qu’a foutu la Commission locale d’information et de surveillance (Clis) durant tout ce temps ? Faut-il considérer que cette pollution dure depuis 23 ans ?”
Finalement, ce sont les membres d’une association bretonne invités à témoigner par Terre et Vie d’Anjou qui calment le jeu. “On ne va pas non plus revenir à l’âge de pierre, intervient un des agriculteurs bretons. C’est comme pour le nucléaire. Tout le monde veut bien de l’électricité qu’il fournit mais pas d’une centrale à côté de chez soi.” En 2007, il avait affronté le même type de pollution aux PCB dans la région de Redon. “Ne soyez pas affolés, ce sont des choses que les pouvoirs publics ont appris à maîtriser avec le temps. Je me souviens très bien que le président de notre association avait fini par dire qu’il s’agissait d’un tsunami dans un verre d’eau.”
La réaction dans le public ne se fait pas attendre. “Vous minimisez les faits !, rétorque un habitant. Nous sommes victimes de cette usine. Si un riverain veut vendre son bien immobilier, qui lui achètera à un bon prix ?” Derrière cette question se profile celle des dommages et intérêts, toujours extrêmement difficiles à évaluer. Il faudra se montrer patient avant d’obtenir une réponse à cette interrogation.
Encore aujourd’hui, l’association Terre et Vie d’Anjou a des difficultés à obtenir des informations de la préfecture et des experts. Pour le moment, ces membres jouent la carte de l’apaisement. “Vous pouvez continuer à cultiver votre potager. Lavez simplement vos fruits et légumes”, rassure le président Frédéric Blanchet avant d’annoncer que l’association a fait une demande officielle auprès de la préfecture pour faire partie de la Clis et s’engage à informer les habitants sur l’évolution du dossier. C’est certain, le “cas Aprochim” n’a pas fini de faire jaser…
(1) Plus connus sous le nom de pyralène, les PCB sont utilisés comme isolants électriques. Reconnu comme polluant chimique, ils sont interdits depuis 1987.


