Retraites : paroles de manifestants

Forte mobilisation à Sablé pour manifester contre la réforme des retraites.
Le mouvement de protestation contre la réforme des retraites a été particulièrement suivi à Sablé où plus de 650 personnes ont manifesté. Rencontre avec ces enseignants, syndicalistes, salariés du privé et retraités en colère.
Quelques sondages récents laissaient penser que les Français étaient résignés. L’idée d’une réforme des retraites rendue inéluctable par les errements du passé semblait avoir fait son chemin. Et bien non ! Les opposants au projet du gouvernement en veulent encore et l’ont prouvé le jeudi 24 juin en descendant en masse dans la rue.
A Sablé-sur-Sarthe, fief de François Fillon, 650 personnes ont manifesté. Une belle galerie pour une ville de cette importance. Syndicalistes chevronnés, retraités, chômeurs, ouvriers, salariés du privé ou du public, etc. Ces Saboliens en colère étaient issus de tous les milieux sociaux. Et ils étaient remontés !
“Je n’arrive pas à comprendre pourquoi Fillon veut revenir sur un système qu’il avait lui-même mit en place en 2003 et qui normalement devait perdurer jusqu’en 2011, embraye Évelyne qui est enseignante à Brûlon. Je suis prof depuis 1976, mais là, je suis écœurée. ça en devient même démotivant.” Isabelle qui enseigne à St-Exupéry à Sablé acquiesce et enchaîne. “Tout va de travers. Ils parlent de geler les salaires, de cotisations plus élevées, mais pendant ce temps-là, le coût de la vie ne baisse pas ! Nous avons tous depuis longtemps des enfants à charge et demain, ce sera peut-être nos parents. Que nous restera-t-il ?”
Même son de cloche du côté des salariés du privé. “Je suis entré à Charal à 14 ans, j’en ai aujourd’hui 52 ans, raconte Jean-Paul. 32 ans que je travaille à la chaîne en commençant à 3h du matin, 32 ans ! Je devais normalement prendre ma retraite dans quatre ans, mais avec la réforme je vais bosser jusqu’à 59 ans !” Yannick, 33 ans de boîte ajoute : “Il faudrait dire à Sarkozy de venir travailler un peu avec nous, ça le calmerait ! Ce n’est pas à nous de payer la crise.”
Marcel qui a travaillé longtemps à l’usine St-Gobain de Trélazé est lui extrêmement remonté : “Ce qu’on oublie souvent de dire c’est que beaucoup d’ouvriers ne voient même pas leurs 60 ans ! Dans mon ancienne entreprise, dix gars sont décédés avant. Parmi eux, quatre se sont suicidés.”
Ce retraité Sabolien met en avant le problème de la pénibilité au travail. Une “expression” ou un “concept”, on ne sait trop, difficile à appréhender. Les syndicalistes du coin ont leur petite idée sur la question : “C’est bien simple, il faudrait que le salarié travaille jusqu’à l’usure. En fait, aucun métier pénible ne sera reconnu. Pour pouvoir obtenir un départ anticipé à 60 ans, c’est-à-dire l’âge légal aujourd’hui, il faudrait justifier un taux d’incapacité égal ou supérieur à 20 %, ayant donné lieu à l’attribution d’une rente pour maladie professionnelle.” Une mesure qui, selon les représentants du personnel s’inspirerait directement du programme du… Medef. “Celui-ci a refusé systématiquement une réelle prise en compte de la pénibilité par l’identification des métiers reconnus pénibles.”
Les femmes et les jeunes seraient aussi particulièrement touchés par la réforme. “Le dispositif de départ anticipé pour les femmes ayant eu 3 enfants va disparaître. Les jeunes seront aussi durement atteints car plus d’un million d’emplois leur seront fermés tout simplement car leurs parents devront travailler plus longtemps d’ici 2016.”
Vous l’aurez compris, il y a de la révolte dans l’air. Et encore, on vous épargne le couplet habituel sur “tout l’argent donné aux banques sans aucune contrepartie.”
Prochain rendez-vous, le mardi 13 juillet devant la préfecture du Mans. “Cette journée d’action, loin d’être un baroud d’honneur, est au contraire l’amorce d’un mouvement d’ampleur que le gouvernement ne pourra pas ignorer”, conclut Jacky Renoult, délégué Sud-Solidaires.


